Tirage au charbon


Tirage au charbon avec transfert

Ce fut en 1855 que Alphonse Louis Poitevin breveta le premier procédé au charbon; il avait ajouté un pigment (charbon) à un mélange de bichromate de potassium et de gélatine, d’où le nom de cette technique.

Le procédé est basé sur le durcissement d’une matière organique (gélatine) sous l’action de bichromates et de la lumière. On applique sur une feuille de papier un mélange de gélatine et de pigments en une couche sensibilisée à la lumière par du bichromate de potassium. On réalise un tirage par contact sous un grand négatif. Ensuite, la couche de gélatine est transférée vers un support et y est dépouillée.
Ce dépouillement consiste en l’élimination à l’eau de la gélatine qui n’a pas été durcie. On obtient ainsi sur le support final une couche de gélatine en relief qui comporte toutes les tonalités du négatif, depuis le blanc du papier jusqu’au noir du pigment.
Le tirage au charbon est un des rares procédés permettant de reproduire tous les détails du négatif dans le tirage final.

(Source : René Smets)


Tirage au charbon : le procédé Fresson

D’après un document des archives familiales, c’est en 1899 que THEODORE-HENRI FRESSON présenta devant le bureau de la SOCIETE FRANCAISE de PHOTOGRAPHIE « des épreuves photographiques tirées sur un papier au charbon qui peut se développer sans transfert « . Mr FRESSON dit qu’il obtient ce résultat en préparant son papier au moyen de plusieurs couches de sensibilité différente et de telle façon que l’insolubilisation se fasse plus rapidement dans les portions qui avoisinent le papier.

Mr POITEVIN avait mis au point le premier papier au charbon. Théodore-Henri FRESSON commença à exploiter ce procédé mais chercheur insatiable, il s’orienta rapidement vers des expériences dans d’autres domaines. C’est sa femme Maria et un de ses fils Pierre, bientôt rejoint par son autre fils Edmond, qui fabriquèrent et commercialisèrent ce papier. Il s’agissait de vendre des feuilles de papier prêtes à l’emploi que les amateurs éclairés traitaient eux-mêmes. Le papier était fourni en différentes teintes, différentes intensités sur différents supports, ce qui multipliait les combinaisons et permettait une grande variété de résultat.

Ce procédé à permis à des photographes pictorialistes de s’exprimer. On peut citer les plus célèbres d’entre eux : ORTIZ ECHAGUE, Léonard MISONNE, DEMACHY et le Commandant PUYOT.

catalogue
Catalogue de vente des papiers au charbon Fresson au début du siècle

A l’apparition des prises de vue en petit format, il fallut adapter le procédé à l’agrandissement. Cela ne pouvait se faire qu’avec une source d’ultraviolet très puissante. Pierre FRESSON eut l’idée d’utiliser une lampe à arc de cinéma et conçut un agrandisseur spécial. Les frères FRESSON furent donc amenés à faire les tirages eux-mêmes, dans leur atelier de Dreux à partir de 1947, et cessèrent petit à petit la vente du papier au charbon. Edmond faisait les tirages par contact et Pierre les agrandissements. Ils étaient aidés par leurs enfants, Micheline et Jacques pour Edmond, Colette et Monique pour Pierre. Ils travaillaient surtout pour des studios photos de Paris et de province ainsi que pour quelques artistes dont les plus connus sont Laure ALBIN GUILLOT, Lucien LORELLE et Pierre JAHAN.

En 1950, Pierre voulant adapter le procédé à la couleur, les deux frères se séparèrent et Pierre vint s’installer en région parisienne dans un atelier plus petit mais plus pratique pour la clientèle parisienne et étrangère. C’est à ce moment que son fils Michel commença à travailler avec lui, et ensemble ils mirent au point les premiers tirages au charbon en couleur, ce qui prit environ deux ans de recherches et d’essais. Un photographe d’intérieur Jean VINCENT, manifesta un vif intérêt pour ces tirages qui permettaient à ses clients de présenter leurs objets de valeurs sur des tirages de luxe. C’est seulement vers 1960, grâce à de jeunes graphistes et photographes publicitaires que le procédé en couleur prit de l’essor. Puis vers 1970, de jeunes artistes photographes tels que John BATHO, Bernard PLOSSU, Bernard FAUCON découvrirent la possibilité d’utiliser ce procédé à ce qui correspondait le mieux à ses possibilités : le tirage d’exposition et la vente à l’unité comme œuvre d’art, aidé en cela par l’excellente durabilité dans le temps des tirages FRESSON.
Plossu

Taos, Nouveau Mexique, 1979 – Plossu

C’est en 1978 que Jean-Francois, le fils de Michel s’est joint à l’équipe familiale. Depuis, ils continuent ensemble à perpétuer la tradition familiale.


Le procédé Fresson : la technique

Les tirages monochromes au procédé charbon

Ils sont effectués avec la nuance de pigment désirée, mais principalement au noir d’ivoire, sur support lisse ou vergé ou aquarelle.
Le tirage s’effectue directement d’après le négatif noir et blanc original de format compris entre le 24 x 36 mm ou un plan-film 13 x 18 cm, avec une technique permise par une source continue et artificielle de rayonnement ultraviolet : un arc électrique de forte puissance illumine le négatif et l’image est directement focalisée sur le papier pigmenté par un objectif corrigé pour le spectre ultraviolet.
La pose reste relativement longue, mais l’intensité de la source émissive est constante, et permet des agrandissements directs jusqu’au 60 x 80 cm.
La structure de l’émulsion et son traitement sont comparables à ceux créés il y a plus de 100 ans.

 

Les tirages quadrichromes au procédé charbon

C’est Pierre FRESSON, un des fils de l’inventeur, qui en 1952, a réalisé le premier tirage charbon direct couleur (sans opération de transfert).
Le dispositif précédent d’agrandissement est conservé, mais une technique préalable de sélection de l’image couleur en négatif noir et blanc argentiques d’analyse, permet d’en effectuer le tirage pigmentaire.
Cette démarche s’apparente à celle pratiquée dans tous les procédés photomécaniques d’impression des images en couleur.
D’un document inversible couleur original de format compris entre le 24×36 mm et 13×18 cm, est effectuée par contact sur plans-films panchromatiques noir et blanc, l’analyse soustractive des trois couleurs primaires.
Ces plans-films sont utilisés directement et successivement pour l’insolation par agrandissement de chaque émulsion pigmentaire.
Sur un papier de type cartoline photographique, non baryté et sans retrait, émulsionné en pigment cyan sensibilisé puis séché, est effectué par agrandissement le tirage du premier monochrome primaire correspondant à l’image négative de sélection opérée sous filtre rouge.
Après dépouillement du premier monochrome primaire, le papier est séché puis émulsionné en jaune, puis sensibilisé et exposé par agrandissement sous le plan-film noir et blanc, sélectionné sous le filtre bleu. Ce monochrome jaune, superposé au cyan est dépouillé.
L’épreuve est émulsionnée avec le dernier pigment primaire magenta, sensibilisée, puis exposée par agrandissement au plan-film noir et blanc exposé sous filtre vert.
L’émulsion pigmentaire est dépouillée et, à ce stade, sont déposées sur le support trois émulsions primaires, opérant la synthèse totale des couleurs par sélection soustractive trichrome (le cyan, le jaune, le magenta, combinés entre eux en proportion infiniment variable, reconstituant l’ensemble des couleurs visibles).