La Gomme bichromatée



 
La gomme bichromatée est un procédé photographique non argentique inventé au XIXe siècle, consistant à utiliser de la gomme arabique et du bichromate de potassium.

Historique :

En France, c’est Alphonse Poitevin qui utilise la propriété que possède le bichromate de rendre insoluble la gélatine après exposition à la lumière. C’est vers 1850 qu’il perfectionne ses recherches qui aboutissent en 1855 à la mise au point du procédé au charbon. Côté anglais, c’est John Pouncy qui présente des épreuves à la London Photographic Society en 1858. Le procédé ne connut pas un succès immédiat à cause de l’absence des demi-teintes.

Robert Demachy (1859-1936) est l’un des premiers à appliquer le procédé à la gomme bichromatée vers 1894. Il deviendra l’un des chefs de file du mouvement pictorialiste. Il considérait que la photographie devait être interprétée : “ Une photographie doit-elle être produite uniquement par des moyens mécaniques ou peut-on admettre que l’on fasse appel, pour la modifier, au talent et à l’habileté de l’artiste ?” Il s’inscrit dans le mouvement opposé de ceux qui pensent que la photographie doit être le moyen de saisir et restituer la réalité et rien que la réalité. Comme tous les pionniers, il a expérimenté et a contribué à donner à la photographie ses lettres de noblesse. Il participera à la rédaction d’un texte : Le procédé à la gomme bichromatée ou photo-aquateinte”.

 

 

Demachy_-_Behind_the_Scenes
« Dans les coulisses », 1906 –  Demachy


Le Procédé  :

Dans le procédé à la gomme bichromatée, le support de l’image n’est, pas un papier photographique mais un papier de type « dessin », que l’on sensibilise avec du bichromate de potassium.

On applique ensuite au pinceau large, avec de grands gestes croisés, une mince couche de pigment naturel (par exemple de la terre de Sienne calcinée) mélangée à de la gomme arabique et à du bichromate de potassium. Le tout est mis à sécher dans l’obscurité; sèche, l’émulsion est sensible aux rayons U. V qui ont la propriété de la durcir.

L’insolation consiste à placer sur le papier sensibilisé au bichromate, un négatif de la même grandeur que le format final de l’image souhaité, le tout en sandwich sous une vitre qui sera exposée aux rayons U. V (soleil ou lampe). Ainsi les zones du papier correspondant aux transparences du négatif sont insolubilisées, les demi-teintes un peu moins… etc…

Le dépouillement de l’épreuve s’effectue à l’eau; dissolvant les parties les moins exposées de l’image, (cela peut prendre plusieurs heures), il peut être renforcé localement au pinceau, ce qui dégagera les hautes lumières, (et laisse la possibilité à toute forme d’interprétation). A part le libre choix du support et de la tonalité de l’épreuve,. la gomme par « la tendreté » de sa couche presque malléable, laisse à l’auteur les plus larges possibilités d’interventions manuelles. La liberté de création est totale tout en étant aléatoire et accidentelle.

Après séchage de l’épreuve, il est nécessaire de recommencer ainsi plusieurs fois la même méthode, en repérant parfaitement le négatif, pour atteindre la densité de matière souhaitée.

Il faut plusieurs jours pour obtenir une image.

(Source : Jean François Cholley)